Jasm One
(Issam Rezgui)
À propos de l’artiste
Jasm One développe une pratique qui modifie les conditions du réel. Du geste minimal à la transformation d’un territoire entier, son travail se déploie à travers des œuvres, des séries et des systèmes qui agissent directement sur ce qui structure une situation : la perception, les lieux, la mémoire et les dynamiques humaines. Sans frontière de médium ni d’échelle, chaque acte — formel ou systémique, individuel ou collectif — constitue une intervention sur le réel.
Parcours
Acte 1 — 1998 — Le graffiti
Jasm One commence en 1998, attiré par un mode d’action direct : le spray, la lettre, le mur. Sans permission, sans institution. Son nom écrit sur les façades des villes — répété, amplifié, complexifié — devient le premier outil de travail. Par ce processus de répétition proche de la calligraphie, il développe une maîtrise de la peinture, une lecture précise de l’espace urbain et une capacité à capter l’attention d’un public non sollicité. Le nom civil laisse place au pseudonyme Jasm One : une identité construite, choisie, opérante. Le graffiti le connecte à un mouvement international, collectif et codifié, qui l’amène à voyager, à observer, à rejoindre des réseaux informels à travers l’Europe. Première conviction, qui ne le quittera plus : une œuvre n’a pas besoin d’être invitée pour exister.
Acte 2 — 2002 — Structures et engagement
Suite à une vague d’arrestations de graffeurs en Suisse romande, Jasm One change d’échelle. Il engage un dialogue avec les autorités, obtient des murs légaux, fonde deux associations et bâtit en dix ans un écosystème culturel complet. Résultat : 13 murs autorisés représentant 3 000 m² — premier réseau de graffiti légal en Europe —, un festival international, des programmes de workshops, les premiers championnats de breakdance valaisans, des expositions dans des institutions majeures du canton (Ferme-Asile, Manoir de Martigny). Le Valais, territoire rural sans tradition urbaine, devient un espace reconnu des cultures urbaines à l’échelle nationale et internationale. En parallèle, Jasm One continue à peindre. Il construit également, au fil de ces années, un réseau de relations qui façonnera la suite.
Acte 3 — 2012 — International, fresques narratives, préparation d’Art Valais
En 2012, le projet curatorial Myfinbec réunit en Valais cinq artistes représentant cinq continents : Mode 2, Jason Revok, Faith 47, Askew, Essow One. En 2013, un voyage à New York — berceau du graffiti — confirme une intuition : les formes les plus fortes naissent d’un ancrage dans leur contexte. La pratique bascule vers des fresques murales narratives à grande échelle. Série Human : figures humaines monumentales dans l’espace public, dans des environnements qui en étaient dépourvus. À Kiev, une fresque pour la paix dans le contexte du conflit russo-ukrainien. À South Central Los Angeles, une intervention contre la gentrification à la Maya Angelou School, aux côtés de Shepard Fairey, JR, Nunca et Daniel Aphram. À partir de 2016 : conception d’Art Valais, avec une logique délibérément inverse à celle de la carrière internationale classique — faire venir le monde en Valais, pas l’inverse.
U.N.I.T.E.D, Kiev – série Human, 2018
Still We Rise, Los Angeles, série Human, 2019
MyFinbec 2012
Acte 4 — 2019 — Art Valais
Art Valais est le projet le plus ambitieux de la trajectoire et l’un des dispositifs d’art urbain les plus significatifs. En sept ans : plus de 100 fresques produites dans plus de 30 communes valaisannes, sur un territoire de 5 244 km² — le plus vaste musée d’art urbain à ciel ouvert. 50 communes et l’État fédérés, 3 millions CHF mobilisés, 60 000 visiteurs annuels estimés. Une résidence internationale au Mont d’Or ayant accueilli près de 200 artistes. Une documentation complète (40 mini-documentaires, photographies, textes) et une application mobile dédiée. Chaque œuvre est ancrée dans l’identité et le patrimoine d’une commune spécifique, choisie selon une curation rigoureuse. Jasm One en est le directeur artistique, le curateur et l’un des artistes producteurs. Le modèle n’a pas d’équivalent connu.
RTS JT – Art Valais OPEN AIR MUSEUM
Acte 5 — 2023 — Lines of Soul
Le travail Lines of Soul marque une radicalisation du langage. Un seul matériau — l’encre métallique ou le marqueur —, un seul geste — la ligne —, et des coordonnées GPS comme seul ancrage lisible. L’enjeu central est la lumière : chaque œuvre capte et révèle les variations lumineuses d’un lieu. Selon l’heure, la météo, l’angle, l’œuvre change d’apparence — blanche, dorée ou sombre. Elle ne se regarde pas passivement : elle oblige à se déplacer, à prendre le temps. Trois supports : murs (pérennes, accessibles librement), vitres (interventions rapides, éphémères, souvent en voyage), toiles. La série Black Holes — toiles rondes réalisées in situ avec un chevalet — capte l’essence d’un lieu, puis voyage : présentée en galerie ou en collection, sans contexte d’origine, elle force le regardeur à construire mentalement le paysage à partir des coordonnées. Les GPS, ordinairement outils de traçage, deviennent ici des ancrages artistiques.
Acte 6 — 2026 — The Line
The Line est un travail de studio, fondé sur la ligne répétée comme seul langage. Non plus des lettres lisibles — le geste d’écrire lui-même, poussé jusqu’à l’abstraction. Issu d’un tracé instinctif, proche de l’art brut dans son processus : répéter sans relâche, convertir une tension intérieure en forme stabilisée. Logique de transformation : ce qui part d’un état d’intensité — parfois une douleur, parfois une saturation — aboutit à une forme d’apaisement. Pour celui qui regarde : la densité visuelle ralentit, retient, impose une présence. Un seul outil — le marqueur —, sur papier, plastique ou toile, en noir ou en blanc. Des œuvres parfois monumentales, dont le langage peut se déployer à l’échelle d’un espace. Longtemps présent en filigrane, ce langage est aujourd’hui affirmé comme le corpus le plus autonome de la pratique. Un langage universel, sans dépendance au contexte ou au territoire. Ce que vingt-cinq ans de travail rendent possible : l’essentiel.




